Le 11 février dernier, la Fédération Calédonienne du BTP (FCBTP) a réuni décideurs, ingénieurs, chefs d’entreprise et centres de formation professionnelle autour du thème « Les scories dans le BTP calédonien : tradition et perspective ». L’occasion de faire un point technique et prospectif sur l’intégration des scories dans les matériaux de construction, de rappeler l’historique local d’usage et d’ouvrir sur les défis à relever pour aller vers une utilisation plus large et structurée.

Un matériau connu, reconnu et désormais normé
Les scories métallurgiques issues de la production de ferronickel à Doniambo ont, depuis des décennies, été utilisées localement dans des remblais, des sous-couches routières ou pour des aménagements de terrain. Avec la transformation industrielle réalisée par Doniambo Scories, ces scories deviennent un matériau calibré : le Sland, un sable industriel criblé à 4 mm adapté à la formulation de bétons.
En début 2025, ce matériau a obtenu l’agrément du Référentiel de la Construction de Nouvelle-Calédonie (RCNC), ce qui constitue une étape réglementaire majeure : les ouvrages utilisant du Sland dans le béton peuvent désormais bénéficier de la garantie décennale, un point essentiel pour la sécurité juridique et l’assurance des maîtres d’ouvrage et constructeurs, notamment dans les chantiers publics.
Des performances techniques qui progressent
La recherche internationale montre que des matériaux industriels comme les scories ou les laitiers métallurgiques, correctement traités, peuvent remplacer partiellement ou totalement des granulats naturels dans des bétons ou des enrobés, tout en améliorant certaines performances mécaniques ou durables (résistance à la compression, à l’abrasion, stabilité… selon formulation et dosage).
Sur le site de la SLN à Doniambo, plusieurs ouvrages témoignent d’un usage probant des scories (routes « PERLINI » en 2014, poste électrique en 2016, infirmerie en 2018), avec des retours positifs sur le comportement des matériaux dans le temps.
Débats et freins soulevés par le BTP
Lors de la conférence au FCBTP, plusieurs acteurs ont partagé des constats critiques et réalistes :
- si des exemples historiques d’usage existent, il n’y a pas encore assez de chantiers récents et documentés en Nouvelle-Calédonie pour fournir un recul local solide sur la performance des bétons et enrobés à base de scories ;
- si le coût des scories est inférieur à de celui des sables naturels, les ajustements de la formulation d’un béton contenant de la scorie font que son coût pourrait se rapprocher de celui d’un béton classique
- dans les marchés publics, les exigences concernant les matériaux ne permettent pas toujours de proposer les scories, et les petites structures du BTP n’ont pas toujours les moyens et ne peuvent se permettre de prendre le risque de mobiliser des études complémentaires pour justifier l’emploi de matériaux alternatifs.
Ce débat met en lumière un point central : il s’agit aujourd’hui de favoriser la confiance en ce matériau innovant afin que les acteurs, à commencer par les maîtres d’ouvrages, se l’approprient. Et si l’on veut développer une économie circulaire vertueuse, l’alignement entre appels d’offres publics, exigences normatives et réalité des pratiques de chantier n’est pas encore pleinement réalisé, et une meilleure concertation entre pouvoirs publics, donneurs d’ordre et professionnels est nécessaire.
Vers une intégration plus forte sur les chantiers
L’agrément RCNC du Sland permet aujourd’hui de lever les principaux freins techniques et assurantiels à l’emploi des scories dans des formulations béton conformes.
Pour aller plus loin, plusieurs leviers peuvent être activés : notamment en encourageant les maîtres d’ouvrage à intégrer des clauses environnementales et circulaires dans les appels d’offres (ex. : priorité à l’emploi de matériaux recyclés ou locaux) ; capitaliser et diffuser les retours d’expérience terrain, afin d’enrichir les retours techniques propres à la Nouvelle-Calédonie ; et enfin poursuivre les travaux d’optimisation logistique et de mix design béton, pour réduire les surcoûts liés à l’usage des scories et faciliter leur adoption courante.
Le dialogue initié à la FCBTP traduit une dynamique positive de la filière : l’innovation autour des scories n’est plus une promesse, mais une réalité technique approuvée par les autorités normatives et soutenue par des exemples concrets. Pour transformer cette avancée en effet structurant pour le secteur du BTP calédonien, il reste maintenant à renforcer l’accompagnement des professionnels, à valoriser les retours d’expérience locaux et à faire évoluer les pratiques d’achat public vers des critères intégrant les enjeux environnementaux et la circularité des matériaux.
